GASTON NITZER,

1888-1961

(page établie par Nadia Pla, son arrière-petite-fille)

 


Vous trouverez en bas de cette page les liens vers les 2 grands dossiers concernant Gaston Nitzer :

- un instituteur au début du XXe siècle

- un soldat pendant la guerre de 1914-18


Qui est Gaston Nitzer?

Gaston Nitzer est né en 1888 à Saint-Hippolyte dans le Doubs, petite ville qui, malgré sa taille, fut toujours prospère au cours des siècles de par sa position exceptionnelle au pied des montagnes du Jura, au confluent du Doubs et du Dessoubre.

Les vastes forêts qui l'entourent (cf.photo) et ses deux rivières ont permis le développement de scieries et de tanneries (comme celle du père de notre héros) ; quant aux pâturages des hauts plateaux (cf.photo), ils favorisent un élevage bovin auquel on doit la production du délicieux fromage "Comté".

Le Saint Suaire, aujourd'hui à Turin, y fut conservé entre 1418 et 1452 ; au XVIIe siècle, Jacques et Guillaume Courtois, devenus des peintres célèbres en Italie sous le nom de "Borgogneni", c'est-à-dire "Bourguignons" (cf. la "Via dei Borgogneni" à Rome), étaient originaires de Saint-Hippolyte .

Enfin, la cité est réputée dès le XIVe siècle pour son école (fondée par les chanoines), d'où sortiront plusieurs personnalités, et à laquelle vient s'ajouter au XVIIe siècle une école de jeunes filles fondéee par les Ursulines.

Pour en savoir plus sur Saint-Hippolyte: http://ville-saint-hippolyte.fr/

Vue panoramique de Saint-Hippolyte

Le père de Gaston, Emile Nitzer, était tanneur et a reçu, en sa qualité de maître artisan, une médaille à l'Exposition Universelle de Paris en 1900. Sa mère, Maria Bailly, avait des doigts d'or, à qui l'on confiait tous les petits travaux requérant de la minutie, de l'arrachage de dents ou de "faux cils" au métier du "lapidaire" (taille et perçage des pierres précieuses destinées à la fabrication de petits éléments des mécanismes d'horlogerie).

(grossissement de la photo panoramique)
La tannerie de Charles Briot, où travaillait Emile Nitzer à Saint-Hippolyte

Gaston Nitzer passe à 12 ans son Certificat d'Etudes. A 16 ans, en 1904, l'acquisition du Brevet Elémentaire lui permet de passer le concours de l'Ecole Normale de Besançon, qu'il réussit brillamment, 5e sur 19 reçus. Il y passe trois ans, au terme desquels il obtient en 1907 son Brevet Supérieur et un Diplôme de maître de gymnastique.

Suit une période de deux ans où il enseigne en tant que stagiaire, effectuant des suppléances de quelques jours à quelques mois, au gré des besoins dans l'académie : en novembre 1907, il est à Valentigney, en décembre à Chamesol, en janvier 1908 à Audincourt et en février-mars à Rosureux. Il passe plusieurs mois, de mars à septembre, à La Chapelle-des-Bois, et la totalité de l'année scolaire 1908-1909 à Valoreille. Après une convocation au service militaire à la suite de laquelle il est temporairement réformé pour raisons de santé, il passe l'année scolaire 1909-1910 à Morteau. C'est au cours de cette année qu'il est titularisé, après l'obtention de son Certificat d'Aptitudes Pédagogiques, qu'il avait passé lorsqu'il était à Valoreille.

De 1910 à 1912, il effectue son service militaire: il en profite pour participer en 1911 à Joinville-le-Pont à un stage de gymnastique, qui lui permet d'obtenir un Diplôme d'aptitude à l'enseignement des exercices d'éducation physique.

En 1912, il est nommé comme titulaire à Pont-de-Roide.

La guerre viendra l'y rejoindre en 1914. Il passe d'abord un an en Alsace, à l'Hartmannswillerkopf ; puis, en 1915, son contingent est emmené vers une destination secrète. C'est à Salonique que le voyage se terminera, et Gaston Nitzer vivra pendant deux ans la guerre dans les Balkans. En 1917, il est évacué après avoir contracté le paludisme, et il finit la guerre en France ; mais il conservera toute sa vie des séquelles de cette grave maladie ainsi que des gaz de combat dont il a subi les effets.

En 1919, il épouse Marguerite Lonchamp, originaire de L'Isle-sur-le-Doubs. Ils auront trois enfants, une fille et deux garçons, dont mon grand-père.

La même année, il retrouve son poste de Pont-de-Roide, où il reste jusqu'en 1923. Il accède ensuite à la charge de directeur, qu'il exerce d'abord à Charquemont de 1923 à 1927. Depuis son séjour à Valoreille, il assurait en plus de l'enseignement primaire un cours d'adultes. A partir de 1927, il finit par y renoncer, car s'ajoute à sa charge de directeur celle de responsable du cours complémentaire : ce cours permettait aux plus brillants éléments des classes défavorisées de poursuivre une scolarité au-delà du Certificat d'Etudes. Cette scolarité durait quelques années (classe d'âge correspondant à peu près au collège actuel) au terme desquelles les élèves passaient le Brevet Elémentaire, qui leur permettait de se présenter à des concours administratifs ou de la fonction publique. C'est le cursus que Gaston Nitzer avait lui-même suivi.

Avec ces deux charges de directeur d'école et de directeur du cours complémentaire, il exerce d'abord à Saint-Hippolyte, pays de son enfance, de1927 à 1932. Puis, passant de la petite ville au gros bourg, il retourne à Pont-de-Roide, lieu de son premier poste, de 1932 à 1936. Enfin, il achève sa carrière à Besançon, centre de l'académie et chef-lieu du département, de 1936 à 1946.

(grossissement de la photo panoramique)
L'ancien couvent des Ursulines à Saint-Hippolyte ; il avait été transformé en école ; lors de sa charge de directeur, Gaston Nitzer y enseigna et y habita avec sa famille.

Au terme de sa carrière, une deuxième guerre vient le surprendre. Lors de la débâcle de l'été 1940, il reçoit l'ordre de se rendre vers le sud. Il part avec son épouse et les enfants, adolescents, ainsi qu'un chien adopté sur le chemin et deux professeurs de l'Université de Besançon. Ils s'arrêtent à Montauban, mais dès la fin de l'été, les autorités du Rectorat, qui ont repris les choses en main, lui assignent un poste à Vichy. Gaston Nitzer y exerce donc durant l'année scolaire 1940-41. Dans l'urgence, il vit quelque temps avec sa famille sur la paille des boxes à chevaux du champ de courses, puis, l'automne venu, dans les couloirs de l'école, sans aucune aisance domestique ni sanitaire. Finalement, en 1941, toujours sur ordre du Rectorat, mais au risque de leurs vies, ils rentrent dans la Zone Occupée, et Gaston Nitzer reprend son poste de Besançon.

En 1935, l'Education Nationale lui décerne une médaille de bronze. En 1942, il reçoit la médaille d'argent.

"Education Nationale"
"Corbin" (nom du sculpteur)

"Tous les enfants de France sont mes enfants"
"G. Nitzer 1942"

La rédaction de son cahier est une suite objective d'informations administratives. Pourtant, il me semble que ce ne doit pas être sans émotion qu'il y a écrit ces mots:

" 13 juillet 1946: dernier jour de classe."
 

Il meurt en 1961.

 


Gaston Nitzer, un instituteur au début du XXe siècle

 

Pourquoi exhumer le témoignage d'un enseignement datant de presque un siècle?

Depuis quelques décennies, et pour encore les quelques-unes qui vont suivre, l'enseignement en France est emporté par les remous tumultueux de multiples réformes, signe d'une volonté de changement dynamique et positive, mais aussi d'une constatation d'échec de l'Education Nationale à répondre aux besoins du "public scolaire" actuel. Personne n'arrive à trouver de solution idéale, aussi ces difficultés engendrent de nombreuses disputes. L'une d'elles opposerait les "pédagogues", partisans d'un enseignement moderne, qui tire parti des travaux des psychologues de l'enfance et de l'adolescence, comme Jean Piaget et Françoise Dolto, et les "républicains", attachés avant tout aux idéaux de la IIIe République. La rédactrice de ces lignes pense que la différence n'est peut-être pas si grande, ou du moins que si l'Institution , sous la IIIe République, proposait des méthodes ou des objectifs dont beaucoup se révèlent aujourd'hui inefficaces, en revanche, des individus, dans l'obscurité de leur classe, ont pu travailler d'une manière que ne désavoueraient pas les plus modernes réformateurs d'aujourd'hui.

Un exemple : l'un des chevaux de bataille des "pédagogues" est la "méthode inductive". Sous cette expression un peu technique se cache l'idée que le maître doit, au lieu de déverser son savoir par un "cours magistral", procéder par une suite de questionnements qui amèneront l'élève à construire lui-même le savoir ou le savoir-faire à acquérir. On verra que Gaston Nitzer ne procède pas autrement. J'ajouterai à ce sujet que cette méthode est sans doute aussi vieille que l'humanité : on la retrouve dans la "maïeutique" de Socrate (même si son déroulement est quelque peu faussé par l'excès de questions dont la réponse est "oui" ou "non") et dans l'une des plus belles réflexions de Montaigne:

"Un enfant est un feu qu'on allume, et non un vase qu'on remplit".
 
La seule nouveauté d'aujourd'hui, c'est que cette méthode est rentrée dans l'Institution, ce qui est, certes, un grand pas.

 

D'où viennent les documents reproduits ici?

Gaston Nitzer se trouve être l'arrière-grand-père de la rédactrice de ces pages, qui a renoué au bout de trois générations avec le métier d'enseignant. Son fils, mon grand-père donc, m'a transmis oralement les informations concernant sa vie ; il m'a aussi permis de consulter les documents soigneusement tenus et conservés par son père : outre quelques photos de classe, deux sifflets, un encrier, et la totalité de ses diplômes, on y trouve deux cahiers. Dans l'un, il a noté avec une précision remarquable les étapes de sa carrière (visiblement dans le but de réparer des erreurs de l'administration sur son temps de service, vu les copies de plusieurs lettres de réclamation toujours satisfaites) ; dans l'autre, il a recopié l'intégralité des rapports d'inspection le concernant.

 

1. Les Hussards noirs de la République : introduction (Jules Ferry, histoire de l'école, instituteurs du début du siècle)

2. Visite de l'école de M.Nitzer : extraits des rapports d'inspection


 

Gaston Nitzer, un soldat de la guerre de 1914-1918

 

D'où viennent les documents reproduits ici?

A côté des documents cités plus haut, liés au monde de l'école, mon grand-père a également conservé de son père deux documents originaux :

- Un carnet (composé d'un agenda relié et de feuillets volants, mais soigneusement pliés à l'intérieur) sur lequel Gaston Nitzer a tenu son journal pendant toute sa mobilisation, de 1914 à 1918. Il s'agit d'un brouillon non retouché, pas toujours facile à déchiffrer, d'où parfois certaines hésitations de transcriptions, notamment sur des noms propres.

- Un album de photos prises de 1914 à 1916, que Gaston Nitzer a lui-même constitué après la guerre, accompagnant chaque photo d'une légende élégamment tracée à la plume. Ces photos ont-elles été prises par Gaston Nitzer lui-même? Certaines, sans doute (il me semblait avoir entendu raconter qu'il était parti avec un appareil photo, mais je n'en suis plus si sûre), mais pas toutes. En effet, ce fut une surprise mutuelle pour le descendant d'Alexandre Plaforêt et pour moi-même de découvrir des photos identiques dans les archives de nos grand-père et arrière-grand-père respectifs! Après réflexion, nous avons pensé que certaines au moins de ces photos, si ce n'est toutes, avaient sans doute été exécutées par des photographes accrédités qui suivaient l'armée et développaient leurs photos sur place pour les vendre aux soldats.

Pour l'agrément du lecteur, j'ai choisi d'insérer les photos au texte.

 

1. Sources d'information et lien utiles :

Pour établir l'introduction historique, je me suis aidée en partie des sources suivantes :
- article d'Edouard BOEGLIN sur « Le Vieil Armand » (ou Hartmannswillerkopf) paru dans le quotidien « Le Pays » du 02 juillet 1998.
- ouvrage de Pierre MIQUEL, Les Poilus d'Orient (Fayard, 1998).
- site internet : http://pcoutant.free.fr/guerre.htm (sur les campagnes de la guerre de 1914-1918).
- site internet : http://www.pages14-18.com/ et notamment http://www.pages14-18.com/C_PAGES_DOCUMENTS/DOC/unités_1914.pdf (sur la composition de l'armée française en 1914-1918).
- et, surtout en ce qui concerne les débuts de la guerre en Alsace, les informations orales de mon grand-père, le fils de Gaston Nitzer.
 
On trouvera d'autres informations sur la guerre de 1914-1918 et ses témoins sur les sites suivants :
- site internet : http://chtimiste.com/ (sur les campagnes effectuées par chaque régiment)
- site internet : http://www.association14-18.org/
(Les auteurs de ce site ont référencé notre page sur Gaston Nitzer, ainsi que de nombreux autres journaux de guerre publiés sur internet, classés par régiments ; pour accéder directement aux sommaires : http://www.association14-18.org/references/temoins/temoins-net_cont.htm ou http://www.association14-18.org/references/regiments/sources/SourceFrRI366376_cont.htm)

 

D'autre part, on pourra se pencher avec beaucoup d'intérêt et d'émotion sur le témoignage d'autres soldats qui ont fait la guerre dans le 372e Régiment d'Infanterie, comme Gaston Nitzer, et qui sont donc passés par les mêmes lieux que lui :

- Raoul Trémolières de 1914 à 1916, en Alsace puis en Macédoine (un journal tenu d'août 1914 à janvier 1915 et surtout des carnets de plusieurs centaines de dessins de 1914 à 1918): http://perso.wanadoo.fr/donjondecoucy/tremolieres/Carnets/Indexba.htm
 
- Alexandre Plaforêt de 1915 à 1917, en Macédoine (journal accompagné de photos dont certaines sont les mêmes que celles de Gaston Nitzer, comme je l'explique plus haut) : http://pagesperso-orange.fr/chiroubles.plaforet-jambon/alexandre1.htm
 
- Joannès Dessertine de 1915 à 1916, en Macédoine (journal) : http://www.chtimiste.com/carnets/dessertine.htm
- Alphonse Finquel de 1914 à 1916, en Alsace puis en Macédoine (journal) : http://www.chtimiste.com/carnets/finquel.htm
 

 

2. Introduction historique et cartes :

- L'organisation de l'armée française pendant la guerre de 1914-18
- La campagne d'Alsace 1914-1915 ( + carte)
- La campagne d'Orient 1915-1917 (+ 2 cartes)

 

3. Le journal de guerre de Gaston Nitzer du 1er août 1914 au 20 octobre 1918

 

4. Annexes du journal :

La partie « Annexes » est le relevé de diverses notes prises par Gaston Nitzer sur son carnet, mais qui n'appartiennent pas au journal lui-même.

 
 
 


 

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