Atelier d'écriture poétique en cours de français
 

© Nadia Pla

29 août 2013
 


Certaines étapes de cet atelier s'inspirent de l'ouvrage Presque poèmes de Bernard Friot (2005), p. 30-33



Etape n°1 : lanceurs d'écriture

Le professeur écrit au tableau (ou mieux, si possible, projette par vidéo-projecteur) une phrase ou un bout de phrase « lanceur d'écriture » et le laisse pendant deux minutes. Pendant ce temps, les élèves copient la phrase puis écrivent en-dessous, en vers libres, tout ce qui leur vient à l'esprit (associations d'idées, de sons, etc.), en réfléchissant le moins possible. Ecrire au moins trois vers à la suite de chaque phrase.

Puis le professeur efface cette première phrase et en écrit une deuxième : on procède de même.

On peut continuer ainsi avec une dizaine de phrases.

Si on a la chance d'avoir un vidéo-projecteur, on peut dans un dernier temps afficher la totalité des phrases pendant quelques minutes, afin que chaque élève reviennent sur la ou les phrases qui l'ont plus inspiré que les autres.

Ces lanceurs d'écritures sont des phrases très courtes, voire inachevées, mais qui sont supposées susciter assez facilement des idées ou des sentiments. En voici trois exemples empruntés à Bernard Friot :
- Pourquoi ai-je attendu si longtemps?
- Pas envie de parler de
- Dans les rues de la ville

Et d'autres que j'ai choisis en les pêchant chez les poètes :
- « Je partirai, vois-tu, je sais que tu m'attends » (V.Hugo)
- « Ô Temps, suspends ton vol » (Lamartine)
- « Ce soir, la lune rêve » (Baudelaire)
- « Il pleure dans mon cœur » (P. Verlaine)
- « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur » (P. Eluard)
- « L'automne est plein de mains coupées » (Apollinaire)
- « Là où la terre s'achève » (Philippe Jaccottet)

A chaque enseignant d'en choisir en fonction de ses goûts personnels et de la classe avec laquelle il travaille.

Les phrases peuvent aussi avoir été collectées par les élèves eux-mêmes lors d'une grande séance de constitution d'anthologie personnelle : le professeur apporte une trentaine de recueils de poésie et les dispose sur une grande table au centre de la salle, les élèves circulent, feuillettent les livres à la recherche de vers qui leurs plaisent, puis les copient au feutre noir sur des feuilles A4 qu'ils collent ensuite sur les murs de la salle. A l'issue de cette séance, soit les élèves votent pour les passages qu'ils préfèrent, soit le professeur sélectionne ceux qui lui semblent être les meilleurs « lanceurs d'écriture ».



Etape n°2 : trier la matière brute

Parmi votre matière brute (c'est-à-dire tout ce que vous avez écrit : lanceurs d'écriture suivis des idées pêle-mêle en vers libres), sélectionnez :
a) un passage de 3 vers qui se suivent, à garder tel quel → entourez ce passage et écrivez « a » à côté.
b) un passage de 3 vers qui se suivent, à garder tel quel, mais à lire à l'envers (en commençant par le dernier vers) → entourez ce passage et écrivez « b » à côté.
c) 4 vers qui ne se suivent pas, mais dont vous trouvez qu'ils vont bien ensemble → entourez chacun de ces 3 vers et écrivez à chaque fois « c » à côté ».
d) 4 mots qui sont en fin de vers (→ entourez ces 3 mots et écrivez « d » à côté à chaque fois),
puis sautez une ligne, écrivez « d », et inventez 3 nouveaux vers qui se finissent chacun par un de ces 3 mots.

Ces consignes peuvent être données à l'ecrit ou à l'oral (ou les deux). Quoi qu'il en soit, les élèves ont parfois du mal à les comprendre ; le professeur doit donc prendre le temps de les expliquer, éventuellement montrer un exemple (pourquoi pas à partir de son propre travail d'écriture?), et procéder lentement.



Etape n°3 : organiser la matière triée

Associez ces 4 passages ensemble, en faisant quelques modifications, ajouts, suppressions pour que votre texte ait un sens.
→ vous devez aboutir à un poème de 14 vers.


Etape n°4 : élaboration d'une forme poétique contraignante

Transformez votre poème en sonnet.
Vous pouvez déplacer ou modifier certains de vos vers pour constituer l'unité des quatrains et des tercets.
Essayez de transformer vos vers de façon à faire des rimes (si possible : ABBA ABBA CDD CEE).
Essayez de transformer vos vers de façon à en faire soit tous des décasyllabes, soit tous des alexandrins.



L'intérêt de ce travail :
- Habituer les élèves à un vrai travail de brouillon, où on déplace, transforme, ajoute, retranche.
- Leur montrer que l'écriture ne naît pas forcément de la page blanche ou de l'hypothétique inspiration d'une Muse, mais que l'on peut s'appuyer sur des éléments déjà existant : ici des textes, mais on peut faire exactement le même travail en utilisant comme « lanceurs d'écriture » des tableaux ou des extraits musicaux. Il serait même intéressant de faire les trois expérience. Le temps scolaire, hélas, ne s'y prête pas...

Comment évaluer :
L'idéal est que le professeur puisse voir et noter chaque étape (ce travail peut s'étendre sur plusieurs séances, en parallèle d'un autre travail). Pour les étapes 1 à 3, l'attente du profeseur est simplement que l'élève ait respecté les consignes précises. Pour l'étape 4, toute tentative pour se rapprocher de la forme du sonnet sera valorisée. On peut également procéder à une 5e étape, où l'élève devra recopier son poème sans la moindre erreur d'orthographe, avec une calligraphie impeccable et si possible quelques illustrations ou éléments décoratifs...

 


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